Avorter en France et en Côte d’Ivoire

   Avorter en France et en Côte d’Ivoire

 eLLes nous racontent 

 

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 » Je suis une jeune ivoirienne vivant en Côte d’Ivoire et militante pour les droits des femmes, peu importe leur origine, leur identité sexuelle et leur identité de genre.

J’ai décidé de partager avec vous mon histoire sur l’avortement.

Je réalise à 25 ans que je suis enceinte. Je viens à peine d’avoir un stage et je suis en couple depuis seulement 3 mois. Vu que je n’utilise aucun moyen de contraception, ça ne me surprend pas. (J’ai commencé à prendre la pilule de façon régulière en classe de terminale mais ça m’a quand même valu d’être enceinte. Je me suis juste rendue à la pharmacie et sur le conseil d’une copine, j’ai demandé la pilule sans aucun avis médical). J’ai trois semaines de grossesse et mon partenaire me fait clairement comprendre qu’il ne veut pas d’enfant et il va jusqu’à menacer de me quitter. (Ma relation rendait ma mère heureuse donc j’y tenais quand même).  J’étais dans une galère pas possible, j’étais consciente qu’avoir un enfant ce n’était pas la meilleure chose à faire dans ma situation. J’avais déjà une fille et je ne sais pour quelle raison j’ai commencé à me soucier de ce que Dieu pensait de moi. Finalement, je vais  malgré moi me faire avorter. Mon premier réflexe c’est de demander conseil à ma sœur (On le fait toutes, soit une sœur soit une amie ou une connaissance mais rarement à l’hôpital). Elle me conseille un médicament qui après trois jours de souffrance aide à « faire passer la grossesse ». Je prends donc des antibiotiques et autres médicaments qui ne m’aident pas puisque deux semaines après, j’ai des douleurs. Bon, bref, je vais vraiment mal.

Je vais voir un pharmacien à qui j’explique que j’ai  une infection parce que ça faisait tout comme. Il me prescrit des médicaments que je prends mais qui ne m’aident pas encore. A côté de ça, moralement, je vais mal, très mal. Donc je vais voir un prêtre à qui j’explique ce que je traverse. Il me fait culpabiliser, il me fait clairement comprendre que ce fœtus de trois semaines est un être humain que j’ai tué. Il me demande de lui donner un nom, ce que je fais : je l’appelle Jean-Charles et je demande une messe pour lui. Imaginez comment ça fait bizarre d’être assise dans une salle et on annonce qu’une sœur demande pardon pour le repos de l’âme de son enfant et on précise qu’elle s’est faite avorter. Les gens jasent un peu et ça m’enfonce encore plus dans ma culpabilité.  Je réalise que notre conversation, la messe et tout ça ne m’ont pas vraiment aidée.  Je commence à ne plus manger, je passe tout mon temps à l’église. Je rentre dans une communauté de prière, j’oblige mon partenaire à me suivre. En gros cet avortement m’avait fait carrément du mal.

 Et puis un jour, mon copain me fait asseoir, il me fait réaliser que je fous ma vie en l’air et que je n’ai tué personne et en gros il m’a beaucoup aidée. Coté santé, ça n’allait vraiment pas mais le regard du personnel soignant sur moi me faisait trop flipper alors j’ai continué mon auto-médication. Au bout d’un an je me suis finalement décidée à aller voir un gynécologue à qui je n’ai pas parlé de mon avortement, mais il m’a fait une prescription qui m’a beaucoup aidée en tout cas. Malgré tout ça, je ne réalisais pas encore que ce que j’avais fait n’était pas légal. Voilà, pour moi, c’était ça le droit à l’avortement : on avait accès aux médicaments mais personne pour nous expliquer les risques auxquels on s’exposait. Enfin, en 2017, une personne très proche de moi déjà maman, tombe enceinte de son amant. Elle décide de se faire avorter et il menace de la faire enfermer. Renseignement pris je réalise qu’il en a le droit. Je découvre une loi entièrement rédigée sur l’interdiction à l’avortement.  (lien sur l’avortement Article 366 à Article 369: https://www.loidici.com/codepenalcentral/codepenalenfant.php.) 

 « L’avortement est puni » prend alors tout son sens. Je réalise amèrement que je n’ai jamais eu droit à rien  à part des interdits. En gros j’ai peur de refaire un avortement, j’ai peur quand une proche doit le faire. Donc personne ne s’intéresse vraiment à ce qu’on traverse, on laisse la religion nous enfoncer de telle sorte que l’avortement nous dégoûte … Mon combat aujourd’hui, c’est qu’on ait le droit de se faire avorter, d’être bien suivies parce que c’est un droit de décider de ce qu’on veut faire de notre corps. 

 

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« Je suis une jeune femme française de 28 ans, éduquée à l’école catholique dans une famille semi-pratiquante. Mon éducation sexuelle a consisté en un livre  « Safe sex » dans la bibliothèque du salon et des capotes dans la commode de l’entrée! J’avais accès à la contraception gratuite chez mon médecin traitant depuis ma puberté>>

J’ai choisi de vous parler de mon histoire sur l’avortement.

Horrible, terrible, inavouable… mais, dans la même situation,  je referais exactement la même chose, hier … et demain. Je suis tombée enceinte sous stérilet, en couple depuis 6 mois, à 22 ans. Et parce que cela ne regarde que moi, je ne raconterai pas les tourments émotionnels liés à ce genre de nouvelles, mais ce que c’est que d’être candidate à l’avortement en France. Mon expérience à moi : c’était efficace, rapide, gratuit et anonyme. 

Je me sentais malade depuis plus d’une semaine, j’ai fait une prise de sang pour savoir si je n’avais pas une anémie. Et puis, une gentille dame est arrivée, très mal à l’aise, pour me dire en un murmure, bien que la salle d’attente soit vide, que j’étais enceinte. J’ai contacté mon médecin de famille, qui m’a tout de suite orientée vers une clinique publique gratuite, pas loin de chez moi. J’ai appelé et on m’a fixé un rendez-vous pour la semaine qui suivait. J’ai rencontré le doc. Une semaine de « réflexion » obligatoire. Le jour J de l’angoisse, je suis allée à la clinique où j’ai rencontré le médecin (homme), qui parlait un jargon incompréhensible, mais tout s’est bien passé. Vite, efficace, gratuit et glacial. Alors personnelement, j’ai eu du mal à vivre avec ce geste, et la clinique m’a proposé, gratuitement, l’accès à une psy, pour en parler. Elle était compatissante et inutile, mais j’ai aimé le principe. Je dirais donc qu’heureusement, j’étais bien entourée individuellement pour traverser cette épreuve et faire mon deuil, émotionnellement et spirituellement. Je ne me suis pas sentie  accompagnée, comme dans ma vision de ce qu’est un accompagnement thérapeutique et ça reste une expérience traumatisante et méga culpabilisante, secrète et étouffée. Mais c’est un droit, un accès gratuit, anonyme et essentiel qui nous est offert. Offert ?!

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Nos mères, nos tantes, nos grand-mères se sont battues, littéralement et idéologiquement, pour que les femmes françaises aient accès à ce droit. La loi Veil qui donne accès à l’interruption volontaire de grossesse aux femmes françaises a 43 ans. Cette loi mythique instaure une dépénalisation de l’avortement en 1975. C’est 220 000 femmes concernées chaque année, ce qui fait environ une française … sur 3 ! Il y a bien sûr eu des évolutions, quant à l’accès effectif à l’avortement, sur la question du remboursement intégral, par exemple, ainsi que sur la libre décision d’une femme, qu’elle soit majeure ou mineure. Je fais partie des femmes qui sont intransigeantes sur la notion de « mon corps, mon choix », et je vois ces avancées  comme une victoire pour la liberté des femmes. Et c’est bien grâce à des féministes, en gros des femmes qui se bougent pour toutes les autres, que l’avortement est devenu un droit. On le sait, les IVG clandestins sont réalisés dans des conditions sanitaires et humaines déplorables, avec un marchandage financier de l’ordre de l’immonde et restent pratiqués à travers le monde. En France, il a fallu attendre UNE FEMME Ministre de la santé en France, Simone Veil, pour que ce thème devienne central et que l’IVG soit légalement encadré. J’ai compris, sans un mot mais comme une évidence, que bien que mes premières relations intimes m’aient paru égalitaires, j’avais en réalité la responsabilité intégrale de toutes les conséquences de nos ébats.

Ca fait grandir d’un coup, et ça paraît si injuste ! Tu m’étonnes qu’on soit moins frivoles que les hommes ! Quelle révélation à l’époque, et quelle innocence de ma part ! Avec le recul, je regarde cette jeune fille que j’étais et je me dis que j’étais tellement inéduquée. Je me souviens aussi que seules des femmes ont eu les mots justes, les hommes qui m’entouraient ne savaient pas quoi me dire… par peur, par gêne, par manque d’éducation sur la question ? J’ai eu la chance d’être entourée par des femmes qui m’ont répété comme un mantra « un fœtus n’est pas un enfant », « ce n’est pas un choix mais une évidence » … et c’est grâce à ces paroles de sage que je n’ai pu passer à autre chose. »

 

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