Être Lesbienne en Autriche et au Cameroun, « eLLes » nous racontent

              « Être Lesbienne en Autriche …

<<Quand on m’a demandé de témoigner en tant que lesbienne, je n’ai pas trouvé que c’était difficile car me remettre en question et témoigner de mon orientation sexuelle est une préoccupation quotidienne que je veux vivre pleinement. J’essaie toujours d’être honnête envers moi-même mais je me sens toujours vulnérable quand je dis ouvertement que je suis homo.>>

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<<Je suis une femme de 30 ans et je suis née dans une ville d’environ 60000 habitants dans le sud de l’Autriche, près des frontières italiennes et Slovène. Fille d’une fratrie de trois, d’un médecin et d’un linguiste, les attentes au niveau intellectuel et éducatif ont toujours été élevées.>>

En Autriche, l’actuel gouvernement populiste de droite n’est pas en faveur du mariage homosexuel, mais la Cour Constitutionnelle vient de décider que dès 2019, les homosexuels auront le droit de se marier. Les idées homophobes sont toujours très ancrées au sein de l’église catholique et dans certaines parties de l’Autriche, et les personnes âgées peuvent être également très homophobes. Cependant la tendance actuelle de la société est “gay-friendly” et la parade annuelle de la “gay pride” est autorisée. Je n’ai pas encore fait mon “coming-out” avec toute ma famille, seulement les cousin.e.s de mon âge et ma famille proche. Pourquoi? Il me faudrait alors me justifier devant eux, c’est ce qu’attend l’ancienne génération. Et cela je n’en veux pas car je pense que cela ne devrait pas être nécessaire.

 J’ai grandi dans un monde hétéronormé et pendant longtemps j’ai pensé que j’étais amoureuse des hommes mais j’ai toujours ressenti quelque chose de vraiment beau pour les femmes. À l’époque je ne pouvais même pas imaginer que c’était de l’amour homosexuel. Etant la cadette, j’étais rebelle de toute façon et j’ai vite compris que le chemin tracé pour moi par ma famille ne serait pas le mien. Au lycée, je tombais généralement amoureuse de mes professeurs femmes. Pendant cette période, je continuais à rechercher des femmes mariées ou inaccessibles sur lesquelles projeter mes fantasmes romantiques et je me serais enfuie si l’une d’entre elles m’avaient approchée.

Quand j’étais adolescente, j’étais souvent solitaire mais j’ai développé une force dans cette espace que je m’étais créé. J’écrivais des poèmes, tenais un blog et je communiquais beaucoup par courrier ou mail avec des amis que je n’avais jamais rencontrés. Ce n’est que tardivement que j’ai dit à mes parents que j’étais lesbienne, mais mon père, étant particulièrement sensible, l’avait senti de toute façon. Il m’a beaucoup soutenue et continu de le faire mais ma mère a eu une autre réaction.

Elle me demande encore aujourd’hui si “je suis sûre”. Elle m’a vue avec le cœur brisé à cause de femmes, elle m’a vue sortir avec des femmes, mais elle m’interroge toujours. Cela me blesse parfois parce qu’elle doute de d’une chose avec laquelle j’ai moi-même lutté si longtemps. Au départ, ma sœur aînée a été vraiment perturbée mais elle m’a donnée récemment un guide des bars homosexuels à Vienne. Je suppose que cela ne lui pose plus de problème. Ma plus jeune sœur est vraiment cool sur le sujet, elle est devenue ma conseillère et m’a encouragée à être activiste.

Après le lycée, je suis allée dans une grande université pour devenir traductrice en russe et en italien. J’ai aussi vécu en Russie pendant mes études et me suis livrée à une personne, une fille qui est opposante politique et qui est maintenant ma meilleure amie russe.

Quand j’étais vraiment jeune, un professeur, une femme mariée hétérosexuelle de 60 ans, a “senti” que j’avais plus d’attirance pour les femmes et a pensé que ce serait excitant de me proposer une relation secrète. Après cela j’ai vraiment été traumatisée et déçue qu’elle ait abusé de son autorité. Jusqu’à aujourd’hui, elle refuse de reconnaître ses sentiments et ses paroles. J’ai mis du temps à signaler les faits. Le doyen n’est jamais intervenu mais il savait tout. Cet incident m’a fait ouvrir les yeux de façon brutale et a soulevé de nombreuses questions :

Comment vivre mon orientation sexuelle ? En secret ? Est-ce que je veux des enfants ? Est-ce que je tiens compte de l’opinion des gens ? Je veux de l’honnêteté dans ma vie. Je veux vivre ma vie au grand jour. Oui je veux des enfants. Et non, la plupart du temps je ne tiens pas compte de l’opinion des gens. Je viens d’être diplômée d’un master en Droits Humains et je souhaite devenir conseillère en violence sexuelle pour les femmes réfugiées.  Cet été j’ai travaillé en Ukraine de l’est, pays ravagé par la guerre. J’y ai beaucoup appris sur le genre et la l’immigration et veux approfondir cette piste.

<<Je me sens et me conduis parfois comme une petite plante fragile, mais j’ai bien l’intention de devenir un vieil arbre arc-en-ciel un jour.>>

 

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La dure réalité  d’être une femme lesbienne au Cameroun, une ″eLLe″ nous raconte …

<<Le Cameroun étant l’un des 36 pays au monde qui pénalise encore l’homosexualité dans son code pénal, la population camerounaise, la religion, les us et coutumes, les familles se retrouvent homophobes par ricochet.>>

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 << Lesbienne de sexualité et trans d’identité, je suis d’origine camerounaise depuis 31 ans et j’y vis encore. J’ai hérité de la religion catholique de mes parents.  Je suis assez nature, en couple depuis 1 an et défenseure des Droits Humains depuis 10 ans. Masculine de la tête aux baskets, rasta à mes moments perdus, obsédée par la vue de talons bien hauts, je porte un amour particulier pour les chiffres.>> 

Il y a des moments, je me demande pourquoi moi ? Comment c’est arrivé ?  Comment sortir de là ? Vais-je m’en sortir ? Pourquoi vivre avec ? Suis-je normale ?  Mais je n’ai pas de réponse claire là-dessus, alors je me résigne et je me dis : tu es née ainsi alors tu devras t’affirmer et t’accepter telle que tu es pour que les autres puissent aussi t’accepter.

Comme toutes les jeunes filles de mon âge du quartier, j’ai eu une vie avec les hommes. Elle a consisté en une succession de relations qui avaient une fin triste : fuite, dégout, manque de plaisir et de désir, manque d’attirance, en bref aucune existence du sentiment de joie, encore moins d’AMOUR.

Je me découvris au mois de Septembre 2005, le 5 précisément. Et là pour la première fois mon corps, mon cœur, mes sens m’ont parlé, ils ont réagi à un baiser tendre et sucré d’une belle brune sexy en talons. J’ai su à cet instant que j’étais faite pour ça : « aimer les femmes ». J’ai connu mes premiers jours de tendresse, de passion, de joie intense. Malheureusement je suis revenue sur terre quelques jours plus tard au moment où les débats sur l’homosexualité ont commencé à faire la Une des médias*. Et là, mon bien-être s’est transformé en un lourd fardeau que je devrais porter toute seule, dans l’ombre, au risque de vivre toute sortes de représailles (violences morales, physiques, arrestations, rejets, meurtres, condamnations, voire suicide).

Jusqu’alors, mon allure qui ne posait aucun problème à mon entourage a commencé à leur paraître suspecte. Alors, de part et d’autre, les voisins ont commencé à murmurer à mon propos sur l’homosexualité, à mon endroit, et ma famille n’a pas été en reste.

Acculée de toute part, lors de l’un de mes voyages, mon grand frère a cassé la porte de ma chambre pour chercher des preuves de mon homosexualité.  Il est tombé sur des brochures qui parlent d’homosexualité, des préservatifs et des gels, et sur ma carte de visite de « Alternatives Cameroun **». Dès mon retour, un conseil de famille fut convoqué. Lors de la séance, toutes les « preuves » furent déposées sur la table et la question est tombée: « Quelle est ta relation avec les femmes ? »

Cela ne faisait qu’aller de mal en pis. J’ai vécu toutes formes de violences morales : des injures publiques, le refus de soins en couple dans les hôpitaux, le refus de fréquenter les filles du quartier ou de la famille. J’ai vécu la souffrance de cette coupure brutale, la gestion de besoins de première nécessité : plus d’argent de poche, et une succession de chansons du type:

« Laisse cette vie,

c’est une vie de malheurs.

Laisse cette secte,

elle n’est pas porteuse.

Si c’est un fantasme, arrête-le,

tu t’éloignes de Dieu. »

 

  • *Au Cameroun en 2005,des publications de presse locale ont établi des listes d’homosexuels présumés dont des politiciens et des personnes médiatiques.
  • *Alternatives-Cameroun : association camerounaise pour la défense des Droits Humains et des Peuples. Soutien juridique pour personnes incarcérées pour homosexualité.

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