Être une femme blanche dans un pays à majorité noire

Une Française au Burkina Faso

Je suis une française de 28 ans qui vit à Ouagadougou au Burkina Faso depuis maintenant 3 ans. Je vis dans une petite maison sur une place en terre battue dans un quartier éloigné du centre-ville et tout près de la limite de Ouaga. Il y a très peu de blancs dans ce quartier et très vite les enfants de la place ont inventé une chanson pour saluer mes aller-retours à la maison.

« Nassara nassara nassara » (le blanc en Moorée, le dialecte majoritaire à Ouagadougou). Moi qui voulais vivre de façon locale et discrète c’était raté ! Avec le temps ils m’ont ensuite appelée Tantie puis par mon prénom mais j’ai toujours le droit à un accueil spécial quand j’arrive.

Je suis allée me présenter aux différents voisins avec mon ami Boukari. A la vieille d’à côté, la « matriarche » de la place comme je le découvrirai plus tard, Boukari s’est un peu mélangé les pinceaux entre le Moorée et le français et a dit à Mamie « elle est blanche mais c’est comme si elle était noire c’est comme ma sœur ».

La vie dans le quartier était très agréable, les voisins très attentionnés surtout les hommes, pas du tout dans le séduction mais dans une protection un peu patriarcale qui me faisait souvent sourire. Toujours présents pour m’aider à changer un pneu creuvé (« il faut t’asseoir à l’ombre, on va gérer« ), à enterrer mon chien (« il ne faut pas pleurer ce n’est qu’un chien, attends-moi là je vais chercher une pelle et une pioche« ), à trouver des réparateurs divers et variés…

Peu à peu j’ai compris que si je me pliais aux coutumes pour les fêtes et autres occasions spéciales, les voisins étaient ravis et m’aidaient en me guidant. Mais en tant que blanche on me pardonnait toutes mes « extravagances » comme rentrer à 5 heures du matin le week-end ou simplement traîner au maquis avec mes amis burkinabé et être la seule femme (une femme burkinabé célibataire qui se respecte ne traîne pas hors de chez elle après 22h).

De même, que je vive seule dans une cour plutôt qu’en famille n’était pas du tout culturellement accepté mais venant d’une européenne, pourquoi pas. Une de mes amies burkinabé qui avait alors un enfant de 3 ans a été autorisée par sa mère à se séparer de son mari violent et à rentrer dans la cour familiale (parcelle de terrain accueillant une ou plusieurs maisons hébergeant la famille) il y a 5 ans. Tant qu’elle ne se remariera pas, pas question pour elle de vivre ailleurs. Elle a 36 ans.

Etre blanche au Burkina Faso me semblait vraiment l’idéal, être entourée de gens bienveillants et généreux mais sans les contraintes sociales que vivent les femmes appartenant à cette société profondément patriarcale.

Cependant depuis quelques mois je suis en couple et mon copain Fulgens passe beaucoup de temps chez moi. Je me rends compte à quel point le regard des gens change maintenant que je suis « mariée ».

Un homme qui va s’adresser à moi pour un sujet qui me concerne moi uniquement va en parler à mon copain s’il est à côté de moi. De la même façon, si je veux payer l’addition au maquis certains amis vont maintenant donner l’addition à mon copain « donne-la à ta femme si tu acceptes qu’elle paye« . On va m’appeler facilement « Madame Fulgens ».

J’ai l’impression de perdre une partie de mon identité et même si je suis bien consciente qu’ils se conduisent comme ça par respect envers moi et mon « mari », ça reste difficile à accepter. Il faut que j’arrive à trouver un nouvel équilibre avec mes amis burkinabé pour me sentir à nouveau à l’aise et reconnue comme une personne à part entière et non comme la « femme de » tout en respectant leur culture.

Le féminisme est un combat difficile en Europe. Ici c’est à peine naissant.

Mais quelques signes de « résistance » commencent à arriver, ils doivent venir des femmes burkinabé elles-mêmes pour que ça ait un impact mais je serai là pour les soutenir.

 

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Being a White Woman in a Predominantly Black Country : A French woman in Burkina Faso

I am a 28-year-old French woman and I have lived in Ouagadoudou in Burkina Faso for the past 3 years. I live in a little house on a beaten earth-floored square in an area far from the city center and very close to the edge of Ouaga.

There are few whites in this area and the children on the square have immediately made up a song to greet me going in and out of my house : « Nassara nassara nassara » (the white in Mooree, the main dialect in Ouaga).

For someone who wanted to live just locally and quietly, it was a fail ! They called me “Tantie” then, over time, started calling me by my name but I still get a special welcome when I arrive.

I went and introduced myself to the various neighbours with my friend Boukari. To the old lady opposite my place, the matriarch as I would discover later, Boukari got confused between Mooree and French and said to Granny:     « she is white but it is as if she was black, she is like a sister to me ». 

Living in the area was very pleasant, the neighbours were very considerate, men particularly, who were not in a seductive approach but in a kind of patriarchal protection which often made me smile. Always ready to help me change a flat tyre (« you need to sit in the shade, we’re going to sort it out »), bury my dog (« Do not cry, it is just a dog, stay here, I am going to get a shovel and a pick« ), find different repairers…

I progressively understood that if I complied with their customs during festivities and other special events, the neighbours were delighted, helped me and guided me. However, because I was white, I was forgiven all my extravagant behavior, like coming back at 5 a.m. on weekends or just hanging around at the bar with my Burkinabe friends and being the only woman (a true single Burkinabe woman does not hang around away from home after 10 p.m.). Similarly, it was not culturally acceptable to live alone in a “courtyard” (a plot with one or several houses to house the family) rather than with relatives but as a European, why not?

Five years ago, one of my Burkinabe friends who had a three-year-old child got the permission by her mother to separate from her violent husband and come back to the family courtyard. As long as she does not get married again, there is no way she can live anywhere else. She is 36.

Being a white woman in Burkina Faso really seemed perfect to me, I was surrounded by kind and generous people without being subjected to any of the social constraints faced by women who belong to this deeply-rooted patriarchal country.

However, I have been dating for a few months and my friend Fulgens spends a lot of time at my place. I have noticed how people look at me differently now that I am « married ». A man addressing me on a topic which concerns me only will talk about it to my boyfriend if he is with me. Likewise, if I want to pay the bill at the bar, some friends will hand my boyfriend the bill and say :  « give it to your wife if you agree she pays it« . People easily call me Mrs. Fulgens.

I have the feeling I am losing part of my identity and even if I am aware they are acting this way out of respect for me and my « husband » I find it hard to accept. I need to find a new balance with my Burkinabe friends so I may feel comfortable again and be identified as a full-fledged person and not as  » the wife of… » whilst still respecting their culture.

Feminism is a difficult battle in Europe. It is just emerging here.

Yet a few signs of « resistance » are starting to arise, and it must come from the Burkinabe women themselves for it to have an impact and I will be there to support them.

 

 

 

 

 

 

 

 

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