Être une femme noire au Maghreb : une Ivoirienne au Maroc

Beaucoup de pays de l’Afrique subsaharienne ont des accords internationaux qui permettent à leurs citoyen.nes de se rendre au Maroc sans visa. Alors ne soyez pas surpris si vous rencontrez beaucoup de femmes d’Afrique de l’Ouest au Maroc, elles y vont pour étudier, pour travailler, certaines y vont à l’aventure.

Mais au Maroc, on me fait ressentir que toutes les femmes noires qui viennent dans ce pays s’y installent pour se prostituer. Je ne sais pas pourquoi les hommes marocains pensent ainsi. J’en ai discuté avec plusieurs étudiantes qui m’ont dit qu’elles avaient été victime harcèlement et de propositions indécentes. Nous sommes une, deux, trois, quatre, cinq… nous sommes plusieurs femmes noires au Maroc qui sommes vues justes comme des objets sexuels. Au Maroc nous avons l’impression que la société n’assigne la femme noire qu’à une seule tache : la prostitution.

Je suis une jeune femme musulmane célibataire de vingt-six ans originaire de la Côte d’Ivoire qui vit au Maroc depuis maintenant deux ans. J’étudie dans une école de commerce. J’avoue que je n’ai pas choisi de venir étudier au Maroc. C’est un choix de dernière minute fait par mes parents et moi parce que je n’avais pas eu le temps de faire mes documents et de les déposer pour un visa pour le pays où je devais étudier au départ. Mais j’avoue que finalement j’aime bien le Maroc.

On s’imagine toute suite que nous avons notre place là-bas comme le peuple marocain qui est composé de noir.e.s et de blanc.he.s. Mais depuis mon arrivée au Maroc, je constate que les personnes à la peau noire sont très marginalisées, surtout les femmes. Nous sommes vues comme des prostituées, des putes et j’en passe. Je pense que l’expérience la plus difficile pour moi c’est de me faire arrêter continuellement dans la rue par des personnes qui pensent que je suis une fille de joie. Je ne peux pas me permettre de dire qu’ils se comportent bien forcement avec les femmes marocaines vu que certaines d’entre elles sont parfois victimes de ces choses seulement à notre niveau c’est récurrent.

Être une femme noire ici c’est une lutte au quotidien parce que chaque jour dans la rue il y a une surprise désagréable qui m’attend. Un jour je me suis fait arrêter par un homme qui m’a demandé sans aucune gêne à combien je fais la nuit et ça n’a pas été le dernier. Je vis dans le même immeuble que l’un de mes professeurs, je prends les transports en commun avec ces hommes, beaucoup savent que je suis étudiante mais ils n’en ont rien à faire.

Je vis dans un petit appartement seul, quand je me suis installée au début même mes voisin.e.s pensaient que j’étais une prostituée. Il a fallu du temps pour qu’ils se fassent une raison. Le fait de vivre seule en tant que femme ici, que vous soyez une femme noire ou marocaine, est très mal vu. Je n’ai peut-être pas beaucoup d’amies marocaines mais je sais à quel point c’est difficile pour elles aussi, elles ont les yeux rivés sur elles au point où elles ne reçoivent pas d’ami.e.s chez elles.

On ne s’habitue jamais à ces choses, on me regarde en cherchant la faille. Je ne suis plus une personne à qui on doit du respect, je suis une femme noire donc par définition une pute. Quand cela arrive forcément tu te sens frustrée et tu réalises à quoi se résume ta condition de femme noire…

Si le fait de vivre seule est mal vu, l’autre solution ce n’est pas de s’installer avec un homme parce que les choses ne feront que se compliquer pour vous. Pour vivre avec un homme, il faudrait qu’il soit ton époux légitime ou ton parent et là encore il faudrait le prouver sinon c’est la prison.

Je ne peux pas me permettre d’indexer tous les hommes marocains parce que les marocains noirs n’ont jamais eu de comportements indécents vis-à-vis de moi. J’espère de tout cœur que le traitement des femmes noires au Maroc changera, qu’on pourra leur accorder du respect.

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Being a Black Woman in a Predominantly Arab Country : A Black woman in Morocco

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Many countries in sub-Saharan Africa have international agreements to travel to Morocco without a visa. So do not be surprised if you meet a lot of women from West Africa in Morocco, they go there to study, to work, and some go on an adventure.

While it is true that I have always thought it would be better to keep this for myself as I it is part of my private life, I eventually realised it would make me feel better to talk about it.

I am a 26-year-old single Muslim woman from West Africa and I have lived in Morocco for two years. I am a student in a business school and I have to confess I have not chosen to study in Morocco. Morocco a North African country where no visa is required. Thus we believe we can easily be integrated. However since my arrival, I have realised black people – especially women – are quite marginalised. We are seen as prostitutes, whores and more…

Being a black woman in Morocco gives me the feeling that every black woman who settles in this country comes for prostitution. I am living proof that some black women settle here to study and also to work.

I discussed this with several students who told me that they had been the victims of harassment and indecent proposals. It is a lot of us, black women in Morocco are just seen as sexual objects. In Morocco it seems that society only assimilates black women to one thing (or one task): prostitution.

As a black woman I struggle every day.

Being a black woman here is a daily struggle because every day in the street there is an unpleasant surprise waiting for me. One day I was stopped by a man who asked me without any embarrassment how much I would charge for the night.  I live in the same building as one of my teachers, I take public transportation with these men, many know that I am a student but they don’t seem to care. We imagine that because we all are Africans, we would have our place in Morocco as the Moroccan people is comprised of blacks and whites. But ever since I arrived in Morocco, I realized that people with black skin are very marginalized, especially women.  think the most difficult experience for me is to be stopped on the street, continually, by people who think I am a  hooker . I cannot allow myself to say that they behave very well with Moroccan women because some of them are sometimes victims of these things, only, at our level it is recurrent.

It took a while for my neighbors to realize I was a student, only then did they start looking at me differently. Even if it is not common to see Moroccan women living alone, I know one who is so self-centered that she no longer invites anyone at her place.

You never get used to these things, I know they look at me searching for a flaw. I am no longer a person to whom they owe respect, I am a black woman so by definition a whore. When that happens, you feel frustrated and realize what it’s like to be a black woman…

At one point I thought that living with a man under the same roof could smooth things out until I understood that I would have to prove the man was my legitimate husband or a relative to avoid going to jail. Obviously I did not want to go to jail.

I sincerely hope that black women will soon be treated differently in Morocco and that they will they will get the respect they deserve.

I do not mean to point all Moroccan men because black Moroccans have never had any indecent behavior towards me. I sincerely hope that the treatment of black women  in Morocco will change, that they will be able to give them with respect. 

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