L’excision, ce crime exercé contre les femmes, « eLLes » en parlent

Sujet tabou, extrêmement douloureux, nous partageons avec vous deux témoignages de femmes sur les mutilations génitales féminines. Elles nous racontent leurs récits de petite fille et leurs luttes, au Kenya et en Côte d’Ivoire. Merci pour leur courage, et pour toute l’équipe des eLLes pour leur travail incroyable.

Il est possible de mettre fin à cette pratique en LIBÉRANT LA PAROLE, en brisant les tabous, en valorisant le travail des associations de terrain et en travaillant en réseau.

« Il nous faut agir comme s’il était possible de transformer radicalement le monde. Et nous devons le faire tout le temps. » (Angela Davis)

N’hésitez pas à partager ces récits, et à partager avec nous sur le sujet, Féministement vôtre, Les eLLes.

Témoignage d’une eLLe en Guinée

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« Bonjour tout le monde.

Je suis de religion musulmane et je vis en Guinée, plus précisément à Konakry. Je suis juriste de formation.

Voilà comment ma vie a basculé. Un petit matin, alors que je n’étais encore qu’une petite fille de 9 ans, pendant la période des vacances, ma mère m’appela alors que j’étais en train de jouer comme toutes les petites filles de mon âge. Elle me demanda de venir me laver car on devait aller à un anniversaire. Comme toute petite fille, j’étais contente à l’idée d’aller à un anniversaire et de porter de jolis habits pour l’occasion.

Alors c’est ainsi qu’après m’être lavée et préparée, on monta dans la voiture qui se dirigea vers un endroit qui ne m’était pas totalement inconnu car avec mes copines on allait souvent y jouer… C’était au bord de la mer. Ainsi après quelques minutes dans la voiture nous sommes arrivées à destination. C’était un immeuble à habitations sociales où vivaient des centaines de familles.

Mais ceci n’est pas ce que j’ai trouvé de plus bizarre… Car au fur et à mesure qu’on s’approchait, je n’entendais ni musique, ni cris d’enfants. Soudain j’aperçus ma petite cousine. À elle aussi on avait dit qu’elle venait à un anniversaire. Elle s’appelle Mariame. Ensuite on monta plusieurs marches d’escalier avant d’arriver devant une porte qui s’ouvrit.

Derrière cette porte se trouvaient 3 dames d’une forte corpulence qui avec une voix trompeuse nous demandèrent de rentrer avec la complicité de ma mère. Étant petite mais pas si naïve que ça, je trouvais que ça devenait louche.

Je regardai maman droit dans les yeux pour lui demander : « Maman où sommes-nous ? Que faisons-nous ici ? Pourquoi y a-t-il un lit d’hôpital ainsi que beaucoup de piqûres et de médicaments ? » Et maman, comme gênée, évitait mes questions.

J’étais angoissée avec toutes ces piqûres et instruments d’hôpital. Maman et une des dames nous laissèrent sur le balcon, ma cousine et moi,  pour aller parler au salon. Tout à coup j’ai entendu :  «  déshabille-les une à une et fais-les asseoir sur le lit. » Mon cœur a fait boum et mon sang le tour de mon corps.

Ainsi les deux femmes fortes m’ont litéralement jetée sur le lit et m’ont écartée comme du poulet… La première a attrapé mes deux bras tandis que la seconde mes deux pieds. Et c’est là que j’ai su que quelque chose de louche allait m’arriver mais je n’étais pas sur le point d’imaginer qu’on allait me séparer d’une partie de moi.

Et j’ai commençé à hurler de toutes mes forces.Et à appeler ma maman qui, ne supportant pas mes cris et pleurs, se mit à côté se pliant comme par obligation à ce que la religion et la tradition nous imposaient.

Ce fut fait en quelques minutes et je commençai à saigner et à sentir des brûlures et des picotements… Après, la femme m’a fait un pansement et m’a demandé de descendre du lit, me disant cette phrase dans une langue appelée le Soussou : « à partir de cet instant tu es devenue une femme et une vraie musulmane. »

Voilà comment s’est déroulée mon excision.

Oui, j’avais entendu et vu des filles excisées avant de l’être à mon tour, sans pour autant savoir au fond que c’était si mal et si douloureux car j’étais juste une petite fille de 9 ans.

Personne ne m’a dit ce qui allait se passer, on m’a juste dit qu’on allait à un anniversaire.

On dit chez nous qu’une femme non excisée n’est pas considérée comme une bonne femme et une bonne musulmane. Et de ce fait, pour avoir l’estime et le respect des gens dans sa famille et autour, il faut être excisée car aucun homme ne voudra d’une fille non excisée.  Mon excision a été pratiquée par une sage femme qui le faisait à son domicile. Hormis cette pratique je n’ai subi aucune autre violence comme le repassage des seins et autres.

Après l’excision on nous a fait porter des pagnes à ma cousine et moi, des pagnes que les filles excisées portent et avec lesquels on les reconnait. Nous avons traîné la douleur pendant plus d’un mois. C’était affreux à chaque fois que l’une d’entre nous avait envie de faire pipi… Je vous laisse imaginer la douleur. Toutes les filles de ma famille sont excisées, sauf celles de la nouvelle génération c’est à dire celles qui viennent de naître au moment où l’excision est interdite et reconnue dangereuse.

Dans mon cas je n’ai pas eu besoin de voir un médecin reconstructeur car contrairement à beaucoup de filles, mon clitoris s’est reconstruit de lui-même et a poussé avec le temps.

Pour le moment je n’ai pas d’enfants et j’espère en avoir car c’est mon plus grand souhait. Je ne vais jamais exciser mes filles car je ne veux pas qu’elles subissent le même traumatisme que moi et qu’elles vivent avec ce que je vis pour le restant de leur vie… C’est-à-dire maux de ventre, douleurs fréquentes au niveau du bas ventre, règles douloureuses et atroces, et le pire, n’avoir eu aucun orgasme pendant mes rapports sexuels. Et pour certaines la stérilité, car oui, l’excision mal faite avec des instruments souillés peut provoquer la mort ou la stérilité à vie de beaucoup de femmes dans mon pays et à travers le monde.

Il y a 30-20-10 ans le pourcentage de filles excisées était si élevé que cela ressemblait plus à une épidémie qu’à une pratique coutumière. Mais de nos jours, avec les campagnes de sensibilisation sur tous les méfaits de l’excision, beaucoup de parents ont abandonné cette pratique. Certains le font cependant toujours en cachette car cela est maintenant formellement interdit et puni par la loi. Mon espoir et mon souhait c’est que cette pratique soit totalement abandonnée car néfaste pour la santé des filles et que les parents laissent leurs filles grandir sainement. »


Témoignage d’une eLLe en Côte d’Ivoire

Une femme Ivoirienne nordiste qui déteste l’excision et qui derrière les projecteurs, dénonce cette pratique avec les moyens à sa disposition !

L’histoire se déroule il y a quatre ans à Abobo Akéikoi, commune la plus peuplée d’Abidjan et capitale économique de la Côte d’Ivoire. Pour avoir assisté au décès de plusieurs de ses camarades depuis sa tendre enfance, cette dame a décidé de faire la lutte contre l’excision, son chemin de bataille en la dénonçant avec la dernière énergie.

Sa dénonciation a permis de sauver la vie de la fille de sa voisine mais n’a malheureusement pas pu empêcher l’excision d’une quarantaine d’autres fillettes…

’Je m’appelle Coulibaly Matôgôman dite Mariam, je viens du nord, mon papa, vient du nord et ma mère du centre (baoulé).

Moi-même je suis contre ces pratiques-là. Je me suis dit si je vois ça, je vais aller à la police. Je n’aime pas l’excision parce qu’à Katiola où j’ai fréquenté, ils ont fait ça à mes camarades et elles sont décédées. Il y a eu plusieurs morts, plus de 60 filles qui sont mortes après l’excision. J’ai eu des camarades qui sont restées dedans. La petite-sœur de ma belle même est décédée dans cette pratique. En plus quand on fait ça à une femme, son accouchement est difficile. Il y a d’autres qui restent dedans. Voilà pourquoi j’ai toujours détesté cette pratique-là !

C’est à cause de la petite qui devait se faire exciser que je suis allée voir Mme Coulibaly (Présidente de l’ONG Femmes en Action) pour lui dire ça. Ses parents louent ma maison donc sa maman est venue me voir pour m’expliquer qu’on voulait faire exciser sa fille. La petite fille n’était pas la seule qui devait être excisée ce jour-là. C’était tout un lot de petite fille qu’on devait exciser.  Donc je suis allée voir la Présidente pour ne pas qu’on l’excise.’’

Mme Coulibaly a à son tour alerté la Commission Nationale des Droits de l’Homme (CNDH-CI) :

‘’La commission a donc déplacé des forces de l’ordre et de sécurité ici à Abobo Akeikoi qui sont venus armés. Cela a donc dissuadé les personnes qui devaient venir prendre la petite pour se faire exciser.’’

L’excision devait en principe se faire à Kenedy (quartier de la commune d’Abobo) sur plus de 40 fillettes.

Elle a également alerté une autre organisation KABLI qui est à Abobo.

’Ce sont ces personnes que nous sommes allées voir et qui se sont mobilisées pour faire empêcher cette cérémonie.’’

Mariam s’est alors rendue au lieu de l’excision, a fait exprès d’adhérer à l’idée pour découvrir le lieu où ce groupe de personnes avait décidé d’exciser les fillettes :

‘’Après donc l’avoir découvert, je l’ai dit à Mme Coulibaly qui l’a dit à la CNDHCI. C’est comme ça que la petite fille a été sauvée.’’

Sa dénonciation a donc permis de sauver la fille de sa locatrice.

‘’Malheureusement, la descente en film western de la police a fait que les exciseuses ont pris la fuite. Ce jour-là, l’excision des 40 autres fillettes n’a pas pu se faire. Comme la fillette qu’on a sauvé ne faisait plus partie du lot, nous n’avions plus eu d’informations et la cérémonie d’excision a été organisée à une autre date, dans un autre lieu en cachette. Nous n’avons malheureusement pas pu sauver la quarantaine de fillettes qui ont été excisées.’’

Mme Irad Gbazalé Epse Coulibaly, Présidente de l’ONG Femmes en Action dont le siège est situé à Abobo Akéikoi n’a pas manqué de souligner ceci : « Nous cherchons toujours la bonne méthode pour pouvoir mettre la main sur ce groupe de personnes qui organise les excisions. »

PS : ‘’Femmes en Action’’ est une ONG de promotion et protection des droits de la femme et de l’enfant ; une ONG de lutte contre les violences faites aux femmes et aux enfants en Côte d’Ivoire.

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