ETRE UNE PERSONNE TRANS ~ ~Témoignages du CAMEROUN-de FRANCE~~

″Etre une personne Trans au Cameroun eLLe témoignage″

Je m’appelle Chanelle Kouankep, j’ai 30 ans et je suis une femme transgenre Camerounaise originaire de la région du grand ouest. Je me définis comme une femme hétérosexuelle vu mon attirance affective et sexuelle pour des hommes. Je vis actuellement dans la ville de Yaoundé où je mène au quotidien mes activités en tant qu’activiste et défenseur de droits humains, notamment ceux des personnes transgenres. Je suis l’aînée d’une fratrie de deux enfants. J’ai été élevée dans une famille monoparentale qui par la suite m’a rejetée à cause de mon identité de genre.

Pendant 5 ans j’ai évolué dans la religion des témoins de Jéhovah où je me suis faite baptiser et où j’ai été pionnière permanente. Fatiguée de tous leurs discours trompeurs, je me suis détachée pour me réfugier dans une autre religion plus accueillante : la religion évangélique dite de réveil. J’ai un niveau BAC + 5, maîtrise en psychopathologie et clinique et je suis écrivaine en herbe, passionnée de lecture.                                                  J’ai toujours eu la sensation d’être née dans le corps d’une autre personne. J’ai grandi en me questionnement sur mon identité propre. L’une des questions que je me posais, c’est pourquoi la nature m’avait créé différemment des autres femmes qui, elles, avaient eu la chance de naître avec leur sexe biologique propre. Moi j’avais des organes génitaux masculins mais mon identité de genre, mes goûts, ce par quoi j’étais attirée correspondaient à ceux du sexe opposé.

Enfant, j’ai beaucoup souffert. Même si au fond, j’avais des traits féminins, un joli minois de fille, je me sentais toujours à l’étroit dans mon corps. Ma vie d’écolière n’a pas été de tout repos. Les maîtresses de l’école où j’avais fréquenté, enfant, me sommaient de ne pas jouer avec les filles avec qui je me sentais très à l’aise mais rien n’y faisait et je me sentais à l’aise en leur compagnie. Et quand on m’interdisait de jouer avec les filles en récréation, je trouvais refuge dans le dessin et la lecture en solitaire. La seule chose qui me donnait un peu de fierté était les notes excellentes que j’avais à l’école. J’étais brillante et ça attirait l’attention sur moi. C’est l’un des seuls points positifs que j’ai eu tout au long de mes études primaires et cela m’a suivi jusqu’au secondaire et à l’université. C’est le seul point positif qui attirait les enseignants et parfois mes parents vers moi. Je me suis plus épanouie à l’université contrairement au secondaire où j’étais de plus en plus comprimée avec les tenues scolaires qu’on nous imposait de la 6ème en Terminale.

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Vivre en tant que personne transgenre dans mon pays est une chose difficile ; difficile parce qu’on ne peut avoir accès aux hormones de substitutions ; ce qui est un gros handicap.

Cela est difficile aussi bien du point de vue du bien-être que sur le plan affectif.  Ce que nous souhaitons le plus aujourd’hui est de voir abroger tous ces articles de loi et qu’un système pour avoir accès aux hormones soit mis en place au Cameroun. Nous désirons que les mentalités évoluent considérablement et que les transgenres soient considérées comme des personnes vivant dans le mauvais corps. Nous souhaitons voir diminuer la discrimination et la stigmatisation et nous souhaitons que la femme transgenre soit valorisée dans tous les aspects de la vie. Certes, on trouve des femmes cisgenres qui nous comprennent et avec qui se crée une grande amitié mais jusqu’ici, beaucoup de femmes transgenres ont du mal à être épanouie en amour avec des hommes cisgenres. Beaucoup d’entre elles ont fait de la prison parce qu’il était interdit de sortir vêtu selon leur véritable identité de genre. Au tribunal elle tombait sous le coup de l’article 347-1 qui interdisait les relations avec personnes de même sexe ou sur un autre article criminalisant le délit de faciès.

Je connais beaucoup de femmes transgenres ici au Cameroun avec lesquelles je partage les mêmes valeurs. J’ai rencontré la plupart dans le cadre d’associations, plus précisément quand je travaillais à l’association HUMANITY FIRST CAMEROON.  Et même dans le cadre de mon travail et dans mon association  « TRANSAMICAL », je continue à en rencontrer. J’ai rencontré d’autres à des fêtes foraines et d’autres lors des nuits des fiertés organisées chaque année au Cameroun par des associations de LGBT. J’ai pris beaucoup de plaisir à discuter avec elle et certaines sont mêmes devenues de grandes amies avec qui je partage les mêmes passions et hobbies.

Je n’ai pas encore démarré ma transition à proprement parlé mais depuis trois mois je pratique de l’automédication en prenant librement des pilules contraceptives ; ça féminise légèrement mon corps et ça baisse considérablement ma libido.                              Exprimer ma sexualité a été quelque chose de difficile. En tant que femme transgenre, il m’arrive d’avoir des partenaires mais les relations que l’on entretient ne sont jamais de longues durées. A chaque fois qu’il faut passer à l’acte sexuel, je mets un terme à notre relation de peur qu’il ne découvre réellement qui je suis. Pour moi c’est une dure épreuve.

J’ai eu une seule relation où mon partenaire savait à l’avance qui j’étais ; Nous nous étions connu sur la page Facebook de mon association et c’est lui en premier qui m’avait fait des avances. Il avait bien pris ma Trans identité et il m’avait avoué être attiré par ce genre de personne mais la relation fut de courte durée.

L’un de mes vœux les plus chers aujourd’hui serait d’être publié en tant que femme transgenre, à travers les thématiques que j’aborde en écrivant dans des livres.  

Si jamais j’avais des enfants (mon vœu le plus cher d’ailleurs !) je leur ferai simplement comprendre, avec toutes les notions acquises aussi bien en psychologie qu’en neuropsychologie durant mes années d’études supérieures, que la Trans identité est juste un handicap et une erreur de la nature qu’on peut réparer grâce aux avancées et aux prouesses de la science et de la médecine.

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″Etre une personne Trans en France ieL témoignage″

J’ai 43 ans, j’habite en banlieue à côté de Paris, à Saint Denis. Je suis en invalidité, et avant, je travaillais auprès de personnes polyhandicapées. Je n’ai pas été élevé par ma famille mais par une famille d’accueil dès l’âge de 10 mois. J’ai une fille de 20 ans, et une copine depuis deux ans qui est lesbienne.

Quand j’étais en maternelle, j’étais attiré par des filles mais jamais je n’ai eu d’histoire d’amourette. J’ai toujours été masculin, j’ai toujours eu un look « garçon manqué ». C’est vers les 12 ans que j’ai ressenti un mal-être car ma poitrine a poussé. Et dès que j’ai pu faire mes choix, je me suis habillé en garçon. J’avais la moustache qui poussait, je me suis rasé la tête. En grandissant, j’ai accentué mon look de garçon. J’ai eu plus d’amies filles car j’étais en foyer pour filles. Avec les garçons, c’est souvent de la rivalité. Il y a de la compétition dès qu’ils apprennent quelle est mon orientation sexuelle. Quand j’ai eu 16 ans, en sortant avec une fille, j’ai su que c’était vraiment moi. Que j’étais en phase avec moi-même. Je ne souhaite pas faire d’opération*, je suis bien dans mon corps. (ndlr* : opération de changement de sexe)

Dans la vie, j’évite de me mettre en situation difficile. Quand je me présente, je donne mon nom de famille, j’évite le monsieur/madame. On ne me demande pas, généralement : quand on me voit, on me dit « monsieur ». C’est une fois que les gens voient mon nom sur un papier, qu’ils s’excusent ou ne croient pas que c’est mon identité. Je dois me justifier. Mais je les laisse choisir comment ils veulent m’appeler. Je ne savais pas qu’on pouvait changer de nom sur ses papiers d’identité, je viens de l’apprendre mais je ne souhaite plus le faire. Tout a changé avec ma nouvelle copine. Avant, je n’avais que des petites copines hétéros, donc ça m’intéressait de changer de sexe et de titre, parce que ça les intéressait aussi beaucoup. Il y a deux ans, je me suis inscrit sur un site pour lesbiennes. Elles m’ont bien accueilli et je me suis senti intégré dans mon identité. Je ne me féminise pas pour autant. Mon désir de plaire à ma copine est plus fort que mon désir de changer de sexe, et je me définis quand même comme trans.

« En 2014, j’ai fait un test hormonal, et il s’avère que j’ai beaucoup d’hormones masculines en moi, d’où ma forte pilosité, ma voix grave, etc.… »

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 Ce que j’aimerais changer ? Pour ma part, par rapport à ma propre expérience, si je me présente comme « monsieur », on ne devrait pas m’imposer le « madame ». Quand les gens s’excusent, je leur dis bien :  » non, si j’avais eu envie d’être une fille, je me serais mis en fille ». J’ai fait des recherches sur la trans identité et sur les opérations (de changement de sexe).

 Pour ceux et celles qui la veulent, j’aimerais que l’opération soit prise en compte par la sécurité sociale, ou que cela devienne moins cher, car c’est au moins 10 000€ pour faire l’opération en France. 

Dernièrement, il y a eu une prise de conscience, surtout depuis la légalisation du mariage gay. (ndlr : Légalisation en France en 2013) Ces dernières années on en parle plus. Cette année, c’était le premier rassemblement LGBTQ du 9.3. (ndlr : Seine Saint Denis) Ce que je dirais à un enfant trans ? :  » Vis ta vie, ne t’occupe pas de ce que les gens ont à dire. Du moment que tu es bien dans ta peau, vis-le ». Ce qui me blessait le plus enfant, c’était quand on me pointait du doigt et qu’on me disait  » Tu n’es pas un garçon, tu es une fille. »             

                                                                                                                      Ce que j’aime qu’on me dise « T’inquiète, je t’accepte comme tu es, tu es quelqu’un de bien.  » 

Par rapport à ma fille : ma fille, je l’ai faite par PMA en Hollande. C’est moi qui l’ai portée et qui ait eu la garde. Elle a toujours vu que j’étais qui je suis, je ne lui ai pas caché la vérité. Elle ne m’appelle ni papa, ni maman, mais par mon surnom. C’est possible, même si on est trans d’avoir des enfants, de les porter. Parfois, il y a des filles qui sont transgenres et qui sont très machos. Ce sont des hommes et elles n’ont pas de féminin en elle. Moi, ce qui plait à ma copine, c’est que j’ai les deux en moi.  Ma fille ne s’est jamais posée de questions, elle n’a pas vu de psy, elle est équilibrée…Je dis ça, parce que beaucoup de gens pensent ou disent l’inverse et ça n’est pas ma réalité.

 

Témoignage récolté par l’équipe des eLLes – anonyme – 18 octobre 2018 – CAMEROUN-FRANCE.

 

 

 

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