ETRE FÉMINISTE ET CROYANTE ~ Témoignages de la Côte d’Ivoire et des Etats Unis ~

« Etre féministe en Cote d’Ivoire, eLLe témoigne « 

 » Je m’appelle Sandy, je suis ivoirienne vivant à Abidjan. Je suis étudiante en master de philosophie à l’Université Félix Houphouët Boigny. Hétérosexuelle et de croyance Chrétienne Catholique pratiquante, je suis une ‘’féministe dans l’âme’’.Je parle en termes de féministe dans l’âme parce que pour moi, le féminisme ne peut être dissocié de la Religion dans la mesure où qui dit féminisme parle de Justice et qui dit Justice dit Religion. Le féminisme est en réalité l’expression du désir de justice que la religion est censée incarner.

Dans son étymologie, la Religion se définit comme la reconnaissance par l’Homme d’un pouvoir ou d’un principe supérieur de qui dépend sa destinée et à qui obéissance et respect sont dus, une attitude intellectuelle et morale qui résulte de cette croyance, en conformité avec un modèle social, et qui peut constituer une règle de vie.

 Le féminisme et la religion dans son essence ne prônent pas des valeurs contradictoires. Le contradictoire naît plutôt de l’interprétation des écrits religieux eux-mêmes parfois profondément subjectifs à cause du fait culturel qui incarne les précurseurs.                   

 Je ne dirais pas que la religion comporte un côté ‘’archaïque’’, je dirais plutôt qu’elle est marquée par le culturel qui est pris pour du religieux par des personnes aveuglées par le fanatisme, incapables donc de dissocier ces deux faits. Malheureusement ces personnes utilisent la religion pour assouvir leur propre croyance en une prédominance d’un sexe sur l’autre, faisant perdre ainsi les autres. Pour avoir pris conscience que Dieu nous a créés égaux et complémentaires,  ma Raison me permet de faire la différence entre le fait religieux et le fait culturel. Consciente donc de cette différence, j’ai compris que les hommes ayant connu l’instruction plus tôt que les femmes ont joué de ce fait pour transmettre de générations en générations, l’idée saugrenue que Dieu les avaient établis chefs, propriétaires des femmes. Pour avoir compris que Dieu est un Esprit qui utilise les femmes et les hommes pour faire son œuvre, le bien sur la terre, je parviens parfaitement à concilier ma croyance et le féminisme.

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Sandy, féministe et pratiquante de la foi catholique en Côte d’Ivoire. Novembre 2018 pour les eLLes des femmes

S’agissant de la question de la révision de la Bible, cela s’impose ! Pas pour qu’elle soit favorable aux femmes, non. Cela reviendrait à la réécrire de la même manière que les hommes l’ont fait et nous voyons le résultat. Je dirais plutôt la débarrasser de certains récits purement culturels qui la composent.

Vous verrez que quand nous l’aurons fait, les femmes retrouveront la place qui est la leur c’est-à-dire être humain doté des mêmes facultés et capacités que l’homme.Quoique je sois Catholique et fière de l’être, c’est avec désolation que je constate qu’elle demeure une religion patriarcale tant bien même qu’on ait donné à la Vierge Marie, Mère de Dieu et de l’Eglise, toute sa place. Elle est patriarcale non pas parce qu’elle part avec l’idée que ce sont les hommes qui l’ont créée mais parce que les hommes à la tête cachent la Vérité selon laquelle l’Eglise a été en réalité créée par les hommes et les femmes. Ne pas reconnaître à la femme le droit d’exercer le sacerdoce n’a aucune justification religieuse mais purement culturelle. Mais soyez convaincus que la femme finira par retrouver sa place dans l’Eglise. Nous nous battrons pour cela. Les valeurs féministes que je défends sont les mêmes défendues par la religion qui se résument en l’égalité en droit des êtres humains et la justice sociale.

Je suis une croyante qui accorde une place primordiale dans sa relation directe avec Dieu, non dans les dogmes religieux véhiculés. C’est avec beaucoup de peine que je constate qu’en Afrique, notamment en Côte d’Ivoire, les femmes et jeunes filles sont encore majoritairement endoctrinées par les mauvaises interprétations des écrits religieux et des coutumes. La religion est utilisée comme alibi pour les maintenir dans une position d’infériorité par rapport aux hommes. Il y en a très peu en Côte d’Ivoire ((même si elles sont rares), qui ont la maturité d’esprit pour se mettre au-dessus de ce qui est prôné ça et là par des fanatiques se disant religieux ! Au travers de ce partage de mon expérience personnelle, je souhaite voir disparaître ces murs psychologiques que se sont fait les femmes croyantes dans leur esprit. Ces murs qui consistent à se créer des barrières sous prétexte qu’elles sont intellectuellement inférieures aux hommes, que le leadership est masculin, qu’elles sont inaptes à occuper certaines fonctions dans l’Eglise et dans la société. Le Dieu que nous adorons nous a dotées des mêmes facultés et capacités, raison pour laquelle nous ne devons accepter aucune discrimination sous prétexte d’une quelconque croyance religieuse.                       

  S’il advient que j’ai des enfants à l’avenir, je leur partagerai l’idée que le féminisme est l’expression de la quête d’une justice sociale donnant aux femmes les mêmes opportunités et chances de réussir qu’aux hommes. Une quête de justice sociale donnant aux femmes le pouvoir de déterminer leur avenir au même titre que les hommes. »

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“ETRE FÉMINISTE aux Etats Unis, eLLes témoignent”

Je suis américaine et j’ai été élevée par un père hindou-bouddhiste et une mère éduquée dans la religion catholique. J’ai toujours ressenti que mon père m’élevait dans la religion bouddhiste, mais ma mère la pratiquait et m’inculquait que les plus grandes forces de l’humanité étaient la compassion et la résilience. Mon père m’emmenait en Inde, m’enseignait une discipline stricte et m’inscrivit dans une école hindoue, Bal Vikas, un nom sanskrit védique qui signifie “l’épanouissement de l’enfant”. Ma mère m’a élevée au théâtre, m’emmenant à chaque répétition et représentation, surtout quand elle s’est retrouvée seule, et c’est là que je l’ai vu prendre des rôles de femmes passionnées, responsables et fortes comme Juana La Loca de Lorca, et Pirate Jenny de Bretch. Des rôles de femmes qui de tout temps ont été dénigrées, jugées et opprimées par la société qu’elles mettaient au défi et ne respectaient pas.

Quant à moi, je croyais aux mythes égyptiens et celtes dans lesquels on saluait leur féminité et leur relation avec les éléments et on ne les couvrait pas de honte ou on ne les sexualisait pas à cause de leur sensualité.

Des années après j’ai déménagé dans une petite ville pour étudier la thanatologie et aider les personnes à dépasser leurs traumatismes et leurs deuils. J’ai souvent rencontré des personnes avec des mentalités de “brûleurs de sorcières”ce qui me donnait l’impression que ce n’était pas normal d’être libre ou vraiment moi-même. A un moment, j’ai eu une relation avec un homme qui après avoir fait éclater au grand jour sa maltraitance refoulée pendant des années, m’a agressée physiquement violemment, lui-même étant ivre mort, quand j’ai voulu le quitter. J’ai dû quitter mon travail d’avocate étant devenue moi-même une victime de violence conjugale, ayant fait une fausse couche, rompu avec mon père qui ne pouvait pas comprendre la situation, perdu ma communauté et mes amis des beaux jours, et je suis tombée dans une dépression sévère. Ne trouvant aucun soutien de la part de mes sœurs dans la ville où je vivais, je me suis centrée sur ma force féminine intérieure et ma spiritualité. J’ai découvert le yoga Kundalini et les deux femmes exceptionnelles qui me l’ont enseigné ont permis que je retrouve le chemin de mes racines sur lesquelles j’allais pouvoir me reconstruire. Le Kundalini m’a permis de faire renaître ma féminité divine.

Les principes bouddhistes et catholiques de mes parents ont pu fusionner et mes croyances celtes et égyptiennes s’y sont ajoutées. J’ai ressenti la connexion spirituelle des femmes avec la terre, la matrice, la création, les éléments et la féminité sacrée. J’ai eu beaucoup de difficulté à surmonter la perte et la blessure dans mon ventre, mon corps, mon esprit, mon cœur et mon âme, mais grâce à cette connexion que j’éprouvais avec ma pratique musicale, physique, artistique et spirituelle, j’ai pu approfondir la honte et la peur en moi et retrouver mes racines de femme.

Pour moi le féminisme c’est la liberté. C’est accueillir chaque pas que vous faites dans la vie, vous responsabiliser et emmener d’autres à se faire entendre, bien traiter notre terre, les autres et nous-mêmes avec dignité et égalité. Je pense que le féminisme se fond avec la spiritualité quand nous cherchons au fond de nous et que nous grandissons grâce à nos propres souffrances, que nous nous soutenons les uns les autres et que nous ne laissons personne parler pour nous. »

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Une mère catholique, sa fille bouddhiste. Toutes deux féministes dans leur pratique religieuse. Novembre 2018, USA, pour les eLLes des femmes. 

« Je suis d’origine latino-européenne et je vis aux Etats-Unis. J’ai été actrice et metteuse en scène toute ma vie adulte et j’ai été au contact de femmes qui ont été mal traitées par la société et dominées par le patriarcat. En tant que metteuse en scène j’ai mis l’accent sur l’autonomie des actrices quand elles s’immergent dans des rôles de femmes qui ont été opprimées de tout temps et de manière systématique par des hommes. J’ai moi-même été étouffée par les hommes que j’ai croisés dans ma vie, et quand j’ai enfin été capable d’aller de l’avant et d’oser m’exprimer, quelles que soient mes propres peurs, j’ai pu prendre ma vraie place de femme et d’être humain.

Ce qui m’a plu chez le premier conjoint que j’ai rencontré, c’est sa spiritualité bouddhiste et ses convictions sur l’absence d’attachement et l’égalité. Une fois mariés, l’histoire s’est transformée et il s’est renfermé dans son rôle de mâle. Il se vantait devant ses amis d’être fier d’avoir “dompté le cheval sauvage”, et en agissant de la sorte notre mariage s’est peu à peu désintégré. Nous étions tous les deux artistes quand nous nous sommes rencontrés mais quelques années après nous être mariés il voulait que je sois la parfaite femme au foyer et que j’abandonne tous mes rêves artistiques auxquels il n’attachait plus d’importance, les appelant “les idées d’Alice au pays des merveilles”. Il voulait me faite croire que je ne pouvais pas être à la fois épouse et mère, et en plus artiste.

J’ai redécouvert le christianisme à l’âge adulte quand j’ai été engagée pour la mise en scène de la Passion qu’une radio catholique voulait monter en pièce de théâtre. Ce qui m’a le plus intriguée, c’est la forte influence du sacerdoce patriarcal concernant la représentation des femmes. Dans mon adaptation de la vie de Jésus, j’ai fait le choix d’élargir les rôles féminins en explorant leur féminité et en mettant en avant leur force et forte connexion à la terre, la maternité, le leadership et l’autorité morale qu’elles représentent.

Dans ma pièce, Marie a le rôle d’une femme forte avec des sentiments humains. Gabriel est représenté en guerrier amazonien, Marie Madeleine est présentée comme une loyaliste qui ne craint pas les opinions des hommes, qui montre que la féminité et la sexualité ne sont pas mauvaises et qui rejette l’idée selon laquelle le savoir et la sensualité sont des péchés. Dans une de mes conversations avec le clergé, un des prêtres m’a dit que je devais comprendre que le catholicisme est une fraternité. Je lui ai soutenu que dans l’Ancien Testament Jésus prêche l’égalité sociale pour tous et que les femmes en font partie. Les femmes dans l’histoire de Jésus sont celles qui le soutiennent jusqu’à la fin de sa vie, alors que tous les hommes à part Jean s’enfuient de peur d’être tués. Cela montre là encore que les femmes n’ont pas peur de puiser dans la force qu’elles ont en elles et de s’affirmer fermement sans être réduites au silence.

Pour moi le féminisme représente la force. Il s’agit d’équité, de justice sociale, d’égalité entre tous. C’est ne pas avoir peur et être libre. »

                                         

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La pièce mise en scène par notre eLLe, témoignage n°3, USA, Novembre 2018.

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