« Non, Nous Ne Mettrons Pas Ce Pagne »- Burkina Faso, 8 mars 2019


Non, je ne mettrai pas ce pagne, femmes du Burkina Faso, de la Côte d’Ivoire, du Cameroun, du Tchad, du Congo Brazzaville, femmes d’Afrique. Non, les eLLes des femmes ne mettront pas ce pagne, nous ne paraderons pas avec vous.  Parce que pour nous le 08 mars a un sens que nous tenons à vous rappeler, cette journée que vous avez choisi de réduire au port d’un pagne, est en réalité la continuité d’une lutte pour les droits des femmes


Le 16 novembre 2018, le ministère de la solidarité nationale et de la famille du Burkina Faso a animé un point de presse à Ouagadougou. Au cours de cette rencontre, les échanges ont porté essentiellement sur le processus de sélection des pagnes tissés et imprimés pour la commémoration de l’édition 2019 de la journée internationale de la femme. Nous avons toujours cru que le pagne du 08 mars était seulement une priorité pour les femmes burkinabés, seulement le o8 février 2019, la ministre de la femme de Côte d’Ivoire annonçait à son tour la cérémonie officielle de lancement de la Journée Mondiale de la Femme 2019, pour le 18 février 2019 avec un autre pagne, ces mêmes  lancements ont été faits au Cameroun, au Tchad, au Congo Brazzaville…  Le 08 mars est donc devenu la journée qui se réduit au port d’un pagne, une journée pour laquelle les femmes du Burkina Faso, du Cameroun, du Tchad, de la Côte d’Ivoire, du Congo Brazzaville…, pour ne citer que ces pays-là font la course aux couturiers, couturières et  stylistes pour se faire coudre les plus beaux modèles dans lesquels elles pourront fièrement parader dans les rues de leur capitale. Oui, l’industrie du textile peut être fière parce que ce jour-là, au lieu de clamer haut et fort les inégalités auxquelles elles font face, les femmes africaines préfèrent commander des pagnes, enrichissent l’industrie du textile plutôt que de parler de leurs droits, des oppressions qu’elles subissent. Des conférences de presse, des cérémonies, sont organisées pour présenter le pagne du 08 mars, le vrai, pour éviter que les femmes ne portent de la contrefaçon ce jour-là !


Or, l’idée de cette journée, c’est bien d’accentuer les efforts pour qu’une égalité réelle soit mise en place, pour toutes, et partout !


Pour nous, il serait bien de rappeler à ces leaders que porter un pagne n’est pas l’essence de cette journée. Le pagne, nous l’avons suffisamment porté et pourtant nos conditions de femmes n’ont pas changé. Oui, la réalité est là, il y a un système qui nous oppresse. Qu’elles sachent que l’homme a toujours été un être complémentaire à la femme dans beaucoup de traditions africaines avant l’instauration de ces lois. Alors voilà ce qu’elles devraient revendiquer: le retour pur et simple au système complémentaire dans lequel la majorité de nos ancêtres ont toujours vécu.



Le 08 mars n’est pas une fête, ni la célébration d’une victoire mais la continuité d’une lutte chers leaders !


Dans le cas du Burkina Faso, au temps de Thomas Sanakara, chaque 08 mars, c’était l’occasion pendant laquelle chaque homme devait prendre la place de la femme dans le foyer tel qu’initié par le système patriarcal. Faire le ménage,le marché, la cuisine, s’occuper des enfants. Pour Thomas Sankara, cette façon de faire était l’occasion de faire voir aux hommes ce que leurs femmes enduraient tous les jours au quotidien. Mais après sa mort, ce jour est devenu une simple journée où les femmes ont juste le droit de porter un pagne et de sortir le soir faire la fête, d’organiser des activités pendant que leurs maris vaquent  tranquillement à leurs occupations. Une journée durant laquelle on se soucie plus de ne pas porter un pagne contrefait du 08 mars plutôt que de rappeler qu’en 2018 malgré les campagnes de sensibilisation, de nouveaux cas d’excisions ont été  détectés au cœur de la capitale burkinabé. Il est temps de demander que le but pour lequel ce jour férié avait été instauré soit rétabli.



Ce 08 mars devait être l’occasion de rebondir sur #mêmepaspeur, étudier tous les domaines auxquels il s’applique (en dehors du monde du cinéma qui l’a créé) et non être un autre jour banal dans nos vies. 


Voilà le jour idéal pour rappeler à l’Etat qu’il y a des lois burkinabés qui protègent la femme burkinabé mais que ces lois ne sont pas appliquées.


Aux femmes africaines, il est temps de comprendre que le 08 mars n’est pas un autre jour pour célébrer la femme mais l’occasion idéale de revendiquer pour nos droits, de rappeler à nos états les inégalités salariales, le non-respect de la parité, de parler et de réclamer ce système de complémentarité que les lois ont fait disparaître. .



En Côte  d’Ivoire, il est important de prendre conscience de cette réalité,


Nous sommes dans un Etat de droit où jusque-là, nous n’avons pas de Loi contre les violences faites aux femmes alors qu’une enquête menée dans les dix communes d’Abidjan en 2017, révèle un taux de 70% de femmes victimes de violences conjugales. Notre Code Pénal ne donne pas de définition du viol. Nous n’avons toujours pas de Loi sur la parité quand le taux de représentativité des femmes aux postes électifs et nominatifs ne dépasse pas 15% quoique les femmes soient aujourd’hui présentes dans tous les secteurs d’activités et compétentes. Les mutilations génitales féminines continuent d’avoir la peau dure devant la faiblesse des modes de répression (taux de prévalence de l’excision : 38%). Le harcèlement sexuel est l’un des plus grands problèmes que rencontrent les jeunes filles et femmes en quête d’emploi, les étudiantes et élèves dans les établissements scolaires et universitaires, ce qui freine considérablement leur employabilité et leur rendement scolaire. À ce propos, peu d’actions ont jusque là été entreprises contre ce phénomène. ( Données de Sylvia Appata, ambassadrice des eLLes des femmes en Côte D’Ivoire)

 
Pour ne parler que de la Côte  d’Ivoire et du Burkina Faso, alors, chères femmes nous n’avons rien à célébrer, mais plutôt des choses à revendiquer.


C’est aussi l’occasion pour rappeler que ce n’est pas seulement la journée pour les femmes cis hétérosexuelles. C’est aussi la journée des femmes QUEERS (femmes Trans, femmes cis lesbiennes, bisexuelles…). Que cela plaise ou non, ce sont aussi des femmes qui chaque jour subissent des méfaits qui sont passés sous silence à cause de leur identité de genre et de leur orientation sexuelle. Il est important de rappeler an tant que femme que nous nous devons d’être solidaires et prendre en compte les problèmes de toutes les femmes sans exception : ça s’appelle la sororité.


Il y a tant de problèmes  alors, même si les pagnes et les modèles que vous arborez en ce jour sont beaux, il est temps de les mettre, non pas pour paraître belles mais pour revendiquer vos droits. Pour créer de nouveau #memepaspeur! dans toute l’Afrique.

Voilà pourquoi les eLLes des femmes ne mettront pas ce pagne, parce que mettre ce pagne, c’est se faire complice, c’est dire que les inégalités, les oppressions que subissent les femmes sont inexistantes.

#NonNousNeMettronsPasCePagne

Féministement votre!

Emma Onekekou pour les eLLes!

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