Etre une femme victime de violences conjugales: le calvaire de dame Koné AWA, ex conjointe du numéro deux de la douane ivoirienne

Témoignage recueilli par l’équipe des eLLes des femmes, en Côte d’Ivoire, juin 2019.

Dame Koné AWA, partageant son histoire, 2019

Cette histoire de vie est celle d’une Dame qui vit en Côte d’Ivoire et qui, durant 26 ans de vie commune avec son concubin, a essuyé humiliations, coups et blessures de ce dernier. Après avoir décidé de reprendre sa vie en main, son ex-concubin, cadre de l’administration, use aujourd’hui de sa notoriété pour faire fermer son commerce et l’empêcher de vivre…

‘’ Je suis Koné Awa, une femme ivoirienne qui comme toutes les filles de son âge rêvait d’être mariée, avoir des enfants et vivre heureuse avec sa famille. Comme il était de coutume à mon époque, j’ai été promise en mariage par mon beau-père qui convaincu son fils, Issa Ouattara, de nous unir. Ce qu’Issa accepta.

Très vite furent organisées les cérémonies traditionnelles africaines notamment la dot. Issa et moi aménagions donc ensemble. Nous avions au départ 2 enfants. Ce dernier étant un élève à l’Ecole Nationale de l’Administration (ENA) au début de notre union, je l’ai convaincue de monter une affaire commerciale qui nous permettra de faire face aux besoins du ménage et des enfants. C’est ainsi que tous les deux, nous avons investi dans le commerce de vente de voitures. Comme je suis douée pour les activités commerciales, j’ai pris à bras le col la gestion de la vente de voiture et je parvenais à faire de gros profits qui servirent l’intérêt de notre petite famille. De notre union, naquis cinq enfants.

Les cinq premières années de vie commune avec Issa furent plus ou moins tranquilles pour moi. Une fois Issa sorti de l’ENA pour sa prise de service à la Douane Ivoirienne et après le décès de son père, débuta mon calvaire. Issa avec qui je faisais bon ménage commença à enchaîner les conquêtes, découcher et n’entrer à la maison que pour prendre un bain et ressortir ensuite. Arriva le moment où il n’hésitait pas à ramener des femmes à la maison en ma présence et de celle de nos enfants. Toute fois que je lui reprochais sa conduite ou mon désaccord relativement à son attitude, il me battait. Etre battue pour tout et rien, peu importe le lieu ou le moment était désormais mon quotidien.

Pour moi, c’était une mauvaise passe par laquelle passait mon couple, je me disais qu’il reviendrait à la raison mais non ! Il ne se passait plus un jour où il ne levait pas la main sur moi. Il arrivait même des fois où il me trimballait du salon à la chambre en me tirant par les cheveux devant nos enfants pour me battre.

Désespérée, je me suis d’abord rendue chez son oncle pour lui expliquer l’attitude de son neveu qui a tenté de le raisonner. Quand les uns et les autres intervenaient, il se calmait un moment mais recommençait ensuite à me battre.

Le commerce de vente de voitures que je tenais, il m’a retiré la gestion et l’a attribué à sa sœur aînée. Lorsque je lui faisais comprendre que ce commerce m’appartenait au même titre que lui parce que j’y ai mis tous mes efforts pour qu’on puisse aujourd’hui avoir des bénéfices, il me répondait qu’il n’avait aucune obligation vis-à-vis de moi vu que nous ne sommes pas mariés légalement. Désormais, c’était sa sœur aînée qui gérait tout à la maison. Je n’avais plus d’autorité, il ne me donnait plus un rond pour vivre. Il m’empêchait de sortir de la maison, ne voulait que je rencontre personne. Quelques rares fois où je parvenais à aller rendre visite à mes parents, lorsque je leur expliquais la situation, ils me disaient de tenir bon. Il est arrivé des moments où j’ai voulu avoir ma liberté et partir de ce ménage parce que je ne me retrouvais plus psychologiquement, j’avais perdu goût à la vie mais mes parents et mon entourage me disaient qu’il fallait que je reste dans ce foyer. Je me suis donc dit que j’y resterai pour mes enfants. Ainsi ma belle-sœur était celle qui donnait les ordres à la maison, je n’avais droit à rien ! Lorsque j’osais donner mon opinion qui naturellement était en désaccord avec ceux de mon concubin et/ou de sa sœur, il me battait. Plusieurs fois j’ai été transporté d’urgence en réanimation des suites des coups que je recevais de ce dernier. Les médecins l’ont à maintes reprises interpellé mais ça ne l’empêchait pas de recommencer à me porter main encore et encore.

Il arrivait même des moments où il me privait de nourriture. Je pouvais faire des jours sans manger. Soit il m’enfermait dans ma chambre, soit il ordonnait aux domestiques de ne pas me donner à manger ; ce, en présence de mes enfants. Puis, vient le jour où pour avoir mangé un plat dont on ne m’avait pas donné l’autorisation de manger dit-on, je fus battu par Issa. Ce jour-là durant plus de deux heures du temps il m’a frappé jusqu’à ce que je perde connaissance. Après cela, il m’a laissé à moitié morte dans la chambre et est retourné s’asseoir au salon. Ma fille aînée qui a 18 ans aujourd’hui m’ayant trouvé dans cet état est allée alerter les voisines qui m’ont emmené aux urgences. J’ai fait un coma de trois jours. Une fois réveillée du coma, fallait faire face aux frais des soins d’hospitalisation et de médicaments. Je devais restée en observation à l’hôpital mais je n’avais rien comme argent sur moi. Je n’avais que mes vêtements. L’une des voisines m’a aidé en payant les frais des soins intensifs que j’ai reçu.

Je suis ressortie de l’hôpital avec mon ordonnance. Ce jour-là, j’ai pris la résolution de ne plus jamais retourner dans ce ménage.

Je suis rentrée à la maison familiale à Treichville et j’ai décidé de reprendre ma vie en main. Depuis que j’ai pris cette décision, Issa a confisqué toutes mes affaires et a rompu mon contact avec mes enfants. J’ai sollicité l’aide de parents et amies pour avoir une petite somme d’argent afin de pouvoir ouvrir un commerce. Je me suis achetée un conteneur et j’ai ouvert une poissonnerie. Les bénéfices m’ont permis de subvenir à mes besoins. Je commençais peu à peu à m’épanouir et me retrouver jusqu’à ce que mon ex-concubin, actuellement Directeur Général Adjoint de la Douane ivoirienne utilise son pouvoir et sa notoriété pour dépêcher des forces de l’ordre venir séquestrer ma poissonnerie.

S’en ai suivi des menaces de mort jusqu’aujourd’hui. A chaque fois que j’essaie d’ouvrir un commerce, il le fait fermer. Il m’a dit qu’il ne me laissera jamais tranquille, que je n’aurais jamais la paix pour avoir pris la décision de partir. J’avais loué un studio dans lequel j’hébergeais, il a menacé le bailleur qui a finalement dû rompre le contrat de location avec moi. Plusieurs fois j’ai été au commissariat porté plainte contre ses agissements mais cela est resté sans suite.

Mes enfants étant ma raison de vivre, j’ai sollicité les services d’avocats afin de demander le droit de visite, la garde de mes enfants, la réouverture de mon dernier magasin de pagnes qu’il a fait fermer et un dédommagement financier pour avoir contribué à sa richesse durant ces 26 ans de vie commune.

Ce dernier a utilisé sa notoriété pour menacer tous les avocats qui travaillaient sur mon dossier qui ont fini par céder à la menace. J’ai finalement sollicité l’aide du programme d’assistance judiciaire de l’Union Européenne qui m’a donné un Avocat pour défendre mon dossier.

C’est seulement avec ce avocat de l’Union Européenne que nous avons pu obtenir en première instance le droit de visite de mes enfants et la levée de mon magasin qu’il a fait mettre sous scellé. Nous poursuivons toujours la procédure pour l’effectivité de la mesure parce que malgré la décision du Tribunal d’Abidjan, le colonel Issa s’oppose à ce que je vois mes enfants et m’empêche d’accéder à mon magasin qui est ma source de revenu.’’

Au vu donc de :

  • L’inaction de l’Etat de Côte d’Ivoire devant l’abus manifeste de pouvoir, de l’attitude inhumaine du sieur Issa Koné vis-à-vis de dame Koné Awa ;
  • De l’absence de régime juridique spécial de répression des violences faites aux femmes en Côte d’Ivoire conformément à la Convention sur l’élimination de toutes les formes de discriminations à l’égard des femmes que l’Etat a ratifié ;
  • Devant les violences physiques et morales que Koné Awa a subit et continue de subir malgré sa décision de reprendre sa vie en main et la situation d’insécurité dans laquelle elle est plongée ;
  • Devant le nombre criant de violences conjugales (70% dans les dix communes d’Abidjan d’après une enquête réalisée par l’Association Ivoirienne de Défense des Droits des Femmes en 2017) ;

Nous avons décidé de lancer une pétition en ligne pour réclamer de l’Etat Ivoirien, une protection pour Koné Awa et des mesures concrètes contre les violences conjugales.

Soutenons donc Koné Awa ainsi que toutes les victimes de violences conjugales en Côte d’Ivoire en signant la pétition :

https://secure.avaaz.org/fr/community_petitions/Le_Gouvernement_de_C_Elan_de_Solidarite_Pour_Kone_Awa_Femme_Victime_de_Violences_conjugales_Et_Menacee_de_Mort/?fbclid=IwAR3xrczVQ2SIN3E1iIJyYCVeSvVENPtsHPYU-4LbHB_3loc43WSOrdksyoM

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.