« Etre une femme qui aide les femmes : témoignage d’une juriste au BÉNIN »

Au Bénin, le droit ordonne :

  • Aux termes de l’article 619 : « les enfants ou leurs descendants succèdent à leurs père et mère ou autres ascendants sans distinction de sexe ni d’âge encore qu’ils soient issus de différents mariages sans réserve des dispositions prévues au présent code relativement aux enfants incestueux. ils succèdent par égales portions et par tête, quand ils sont tous au premier degré et appelés de leur chef, ils succèdent par souche, lorsqu’ils viennent tous ou en partie par représentation »

Malgré cette disposition, la fille continue, dans bon nombre de localités et de familles, d’être écartée de son droit à la succession, notamment en ce qui concerne les biens immeubles ( maisons, terres …) qui sont partagés entre les enfants garçons du défunt, qu’ils soient adultes ou mineurs.

Les femmes ont le plus droit aux biens meubles de leurs défunts pères ou à une part insignifiante des biens immeubles.

  • Selon l’article 630, « Le conjoint survivant contre lequel il n’existe de jugement de séparation de corps passé en force de chose jugée est appelé à la succession, même lorsqu’il existe des parents, dans les conditions fixées par les articles suivants »

Ici également, la veuve continue d’être mise à l’écart quant à la jouissance des biens de son défunt mari. Les parents de ce dernier chassent parfois la veuve de la maison et s’accaparent de l’héritage.

Jusqu’à un passé récent, ils désignent entre eux le liquidateur des biens pour pouvoir gérer ces biens pour leur propre compte avec une part incongrue pour la veuve et ses enfants. »

Informations recueillies par l’ambassadrice des eLLes au Bénin, Isabelle.

« Je m’appelle Blandine SINTONDJI YAYA. Je suis juriste de formation, consultante en genre et développement, formatrice de formateurs en droits humains.

Je suis béninoise vivant à Cotonou au Bénin. Je suis mariée et mère de deux enfants. Actuellement, je suis la Présidente de la section béninoise du Réseau Paix et Sécurité pour les Femmes de l’espace CEDEAO (REPSFECO Bénin) qui est un Réseau présent dans les 15 pays de l’Afrique de l’Ouest et qui œuvre pour la participation des femmes dans les processus de paix, la promotion du genre et la lutte contre les violences faites aux femmes et aux filles.

J’ai déjà conduit des consultations ou conduit plusieurs formations et sensibilisation sur divers sujets de droit, les lois nationales, les instruments régionaux et internationaux de protection et de promotion des droits des femmes et des filles et sur la promotion du genre.

Le REPSFECO a un centre de médiation dont je reçois les femmes victimes de violences pour des conseils et la médiation avec les parties avec lesquelles elles sont en conflit.

Je fais de l’information formelle et informelle au droit en vulgarisant les textes de lois nationaux et les instruments juridique de protection et de promotion des droits des femmes. Je conduis parfois les victimes vers les structures judiciaires. Je les aide à rédiger les requêtes et les plaintes et je fais le suivi des dossiers avec elles.

Naturellement, j’aime porter assistance aux personnes en détresse. J’ai intégré l’Association des femmes juristes du Bénin en 1994 et ai été Directrice Adjointe du centre d’aide juridique de Cotonou et de Lokossa de 1996 à 2003 et ensuite Directrice du centre de Porto-Novo et ensuite d’Abomey-Calavi de 2003 à 2016.

Cela est important parce que les femmes, le plus souvent analphabètes , ont besoin d’être assistées pour défendre leurs droits. J’ai découvert qu’elles sont souvent victimes de violences de la part de leurs maris et sont ignorantes de leurs droits mais, de plus en plus, osent rompre le silence pour demander assistance.

Les femmes ont toujours des difficultés pour jouir de leurs droits à l’héritage.

Les obstacles auxquels les femmes Béninoises sont confrontés sont majeurs. Les conservateurs des coutumes qui ne veulent pas que les choses changent et qui vont parfois contre nos actions. Les femmes n’aiment pas parfois aller au bout des procédures judiciaires. Également les problèmes de ressources pour mener des activités de sensibilisation et de formation des acteurs de prise en charge des femmes victimes de violence, la vulgarisation des textes surtout à l’endroit des hommes.

Pour ce qui est de la réaction des gens. Beaucoup apprécient, surtout les femmes, les partenaires techniques et financiers aussi. Certains hommes sont hostiles mais moi je suis engagée et plus de retour en arrière.

Mais la réalité est que la femme béninoise continue toujours d’être vue comme un être inférieur à l’homme mais il y a quand même quelques résultats positifs et les choses s’amélioreront davantage au fil des années avec les activités de longue durée.

J’ai découvert que malgré les textes, les femmes ne jouissent pas des mêmes droits que les hommes dans bien des domaines. Les femmes sont très peu présentes dans les instances de prise de décision dans mon pays.

Il faut que les femmes découvrent qu’elles ont les mêmes droits (dans les textes) et les mêmes capacités que les hommes. Il faut qu’elles aient le courage de se battre pour ces droits afin d’en jouir car ils sont prévus par les textes. »

~ Témoignage recueilli grâce à notre ambassadrice Isabelle, béninoise, et à note équipe des eLLes ~

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