ÊTRE UNE FEMME AFRICAINE FÉMINISTE. TÉMOIGNAGE DE LA COTE D’IVOIRE

Je viens de la Côte d’Ivoire, je vis à Abidjan. De ma mère, j’ai deux frères et de mon père défunt, nous sommes dix en tout dont 3 filles. Je suis issue d’une famille chrétienne. Je travaille comme consultante politique et chargée de programme dans une organisation internationale. Je suis aussi blogueuse et rédactrice d’articles de presse. Sur les réseaux sociaux, je suis activiste féministe. Cela fait à peu près 4 ans que je milite en tant que féministe.  Je pense qu’il y a une différence entre le féminisme africain qui prend en compte les femmes africaines avec leurs spécificités et leurs réalités, et le féminisme afro qui est plus axé sur ce qui caractériserait éventuellement la femme « africaine » : la valorisation de la peau noire, du cheveu crépu ou des tissus locaux…  A mon sens, les militantes du féminisme afro tendent à réduire le féminisme africain à des clichés et souvent peuvent exclure d’autres féministes africaines qui n’y entrent pas. Par exemple, ce serait contradictoire pour une féministe africaine de porter des mèches ou des tenues disons occidentales.

La couleur de ma peau n’a pas vraiment été un problème pour moi dans le féminisme, dans la mesure où j’ai toujours vécu dans mon pays . Mais mon africanité, oui. Je suis ivoirienne et je vis ici. Le féminisme apparaît comme un produit d’exportation occidental donc qui, soit nous dénature, soit nous pousse à en dénaturer d’autres.  Mon expérience de féministe africaine est que je me heurte à une hypocrisie et une vision tronquée de l’Afrique, de ses valeurs et de la femme. La femme africaine, plus que toutes les autres femmes, a été préfabriquée, son image est stéréotypée et reste le principal argument de domination de l’homme africain. A cela s’ajoute encore plus le poids de la religion. Les femmes africaines ne s’autodéterminent pas. Elles ne doivent leur salut qu’à l’homme. L’on est mieux considérée que mariée ou mère. Vierge, sacrée et soumise.  En tant que féministe africaine, j’ai l’impression de ne pas être à ma place ici. J’aurais simplement été une vraie femme si j’acceptais que ma vie et mes ambitions passent après celles de mon homme.

Avec les femmes c’est assez mitigé. Beaucoup acceptent cette révolution, d’autres un peu moins. Les hommes pour la plupart ne sont pas vraiment favorables à perdre leurs privilèges. Beaucoup de paroles méchantes ou d’insultes voilées.  Il y a beaucoup de propos ou de sujets qu’on est obligé de tenir avec précaution au risque de ‘’détruire ‘’les valeurs africaines. Des problèmes que je rencontre, j’en parle tout le temps avec des personnes rencontrées ici ou au cours de mes voyages.  Au fond, on rencontre tous les mêmes problèmes en tant que femmes, jeunes, citoyens. Mais les problèmes rencontrés en tant que femme restent minimisés. Les hommes pour la plupart les posent comme de la victimisation et les femmes les dénient.  Car se forcer à les reconnaître ce serait s’engager à les résoudre. Et il y a plus de confort à accepter une situation que d’en sortir.  Quoique de plus en plus s’engagent pour le changement.

Le regard extérieur sur les conditions des femmes africaines dépend toujours de celui ou celle qui le pose.  Certains africains les minimisent et certains occidentaux en savent plus. J’ai la chance de travailler comme féministe donc oui, je parle de mes problèmes de femmes et avec la voix d’une féministe ce qui est parfait pour moi.

Les combats primordiaux restent l’autonomisation tant psychologique qu’économique des femmes par rapport à l’homme. Ce sera le point de départ d’une émancipation réussie. Croyez-moi, cela réduirait fortement les violences et marquerait le début d’un nouvel ordre social.

Pour moi ce combat avance assez subtilement mais il avance, et les prochaines générations disposeront de bon nombre d’outils qui leur faciliteront la tâche. Ce que j’aimerais voir disparaître : bien sûr, les inégalités sociales (salaires, traitements…) mais surtout les stéréotypes de la femme objet, mère, épouse. Le cantonnement de la femme à un rôle préétabli et figé. Les propos sexistes et les violences.

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