Être une femme Africaine Féministe. Témoignage de France.

Je m’appelle Traoré Bintou Mariam et je suis ivoirienne. Je suis journaliste reporter d’images et féministe activiste. Je suis féministe depuis 7 ans et j’ai tout de suite milité. J’ai commencé par l’activisme sur les réseaux sociaux. Je n’ai pas vu le temps passer tellement c’est passionnant et épuisant en même temps. Ma manière d’appréhender les choses a changé, je suis plus en paix avec moi-même en tant que femme . Oui, il existe une différence entre le féminisme africain et le féminisme afro. Pour moi, être africaine, c’est être liée à ce continent jusqu’à sa mort, qu’on le veuille ou non, en connaître les contours, les ruelles. Le féminisme afro est vital parce que nous subissons toutes les discriminations qui sont liées à notre couleur que nous avons en commun, que nous soyons africaines ou pas.

J’ai connu tellement de contextes différents. Je suis noire africaine,et je vis en europe en ce moment. Quand je vivais en Côte d’Ivoire, c’était clairement un autre contexte. J’ai senti le sexisme directement dans mon environnement immédiat à Abobo, Abidjan , ou ailleurs, sans savoir même comment ça se passait parce que je n’avais jamais mis les pieds dans ces villes auparavant. En ce moment c’est clairement un contexte où ma couleur joue un role. Je me suis rendue compte que je suis noire . Je ne vais pas mâcher mes mots , c’est aussi un contexte raciste. En tant que féministe activiste dans les associations féministes à majorité blanche bien sûr, j’ai déjà été plein de fois invisibilisée, ou on parlait de problématiques qui ne me concernaient pas . Comme si la blanchitude et l’Europe étaient la norme et moi le « truc à coté ». Ne me dites pas que c’est parce que je ne suis pas française, parce qu’il y a des noires françaises. Limite, beaucoup de meufs s’en foutent du racisme, ou trouvent qu’on n’a pas besoin de l’afroféminisme, ou qu’on exagère. Ça serait du communautarisme, nananana… sauf que nous, on en a un peu marre de ce discours. Oui, on veut bien être solidaires, sorores etc., d’ailleurs c’est ce qu’on fait .Quand il y a une marche pour une femme blanche assassinée bourgeoise dans le 6 ème arrondissement de Paris, on participe à la marche, on milite. Par contre, quand le contraire se produit, un crime raciste ou une marche contre le racisme, ou Adama Traoré, une femme noire tuée, ou des bavures policières, là on ne les voit pas elles. Un jour on m’a dit que vouloir se retrouver entre femmes noires nuisait au féminisme. Haha. Donc ne serait-ce pas une manière de nous faire comprendre que la règle, c’est chacune pour soi? Néanmoins , la cause féministe est trop importante pour s’attarder sur ce genre de choses mais il faut quand même le rappeler et le dénoncer, en parler pour toutes nous unir, peu importe notre race. C’est dur d’être féministe africaine, on se bat contre tous, on pense qu’on peut choisir alors que non, le système raciste et le système patriarcal se valent aussi bien. Les hommes réagissent de façon agressive à cause de la non compréhension ou juste devant le mot féministe qui est un gros mot mais un gros mot nécessaire. Certains heureusement prennent la peine de comprendre et ne pensent pas qu’à leurs privilèges. Certaines femmes malheureusement,éprouvent encore la crainte d’être rejetées ou la peur de ne pas être assimilées ou de perdre la validation des hommes.

Les africaines, on en parle tout le temps et c’est très enrichissant. On se lève vraiment comme une seule femme pour nous protéger, nous libérer mais surtout faire briller notre continent . En tant que féministe africaine je suis considérée comme influencée par l’occident ce qui n’a pas de sens parce que j’ai remarqué et vu les violences sexistes et sexuelles depuis toujours en Côte d’Ivoire et elles étaient bel et bien causées par des hommes noirs. Je suis aussi vue comme celle qui ne sait pas de quoi elle parle, ou qui invente, alors que les faits et même les chiffres sont là. Le regard extérieur est aussi clairement raciste ,colonialiste ou maternaliste. On croise aussi beaucoup de « white saviours » qui veulent nous « sauver » ou qui savent ce qui est « bien » pour nous . Au travail, je n’ai clairement pas échappé aux blagues à la fois racistes et sexistes, à une vision tellement biaisée ou absurde de l’Afrique, à croire qu’on vit encore toutes et tous dans des huttes ! Heureusement les personnes que je côtoie dans mon nouveau travail sont bienveillantes.  Il est évident que la priorité en Afrique reste la lutte contre les violences sexuelles et physiques envers les femmes. Il faut déjà être en vie pour aller plus loin.

J’ai l’espoir qu’on ne soit plus menacées, que nos vies aient de la valeur . Aussi, qu’on ait le droit et le choix de choisir nos destinées, que notre sexe ne soit plus comme une malédiction au sein même de notre race . La violence masculine et patriarcale doit disparaître et c’est à ça qu’on s’attelle. La sororité se fera, c’est possible mesdames et mes sœurs !

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